Manhattan Blues de Jean-Claude Charles

Publié dans Le Nouvelliste

Des phrases courtes, certaines se terminant sur une préposition, d’autres perchées, suspendues. Une prose décousue qui varie selon l’humeur de l’auteur, qui vous surprend et vous charme. Une persistance des détails forgeant une complicité avec vous, le lecteur, de page en page, de chapitre en chapitre. La découverte d’un écrivain qui se découvre, qui s’étale nu dans les pages, entre les pages, qui n’a peur de rien, qui ne s’embarrasse pas des conventions du langage, de l’écriture, du monde même. Les dialogues s’enchevêtrent dans le texte, formant un tout. Et les mots s’égrènent, certains familiers et même jargonnesques, d’autres rares qui vous poussent vers le dictionnaire. Jean-Claude Charles, c’est tout cela, et même plus, dans son roman Manhattan Blues, tel que publié par Mémoire d’encrier, en 2015, trente ans après la parution de l’édition originale.

Sous l’envoûtement stylistique de cette œuvre magistrale, une histoire d’amour se faufile timidement, comme pour ne pas déranger le lecteur. Le narrateur, Ferdinand, est pris entre deux femmes : Jenny et Fran. Jenny, la femme impossible, «toujours en guerre avec un mec », la femme indépendante qui ne fait qu’à sa tête, qui vit pour son petit bonheur. « Parfois c’est aussi : Ferdinand. Je couche chez...Surtout vers la fin de notre histoire. Aujourd’hui c’est l’équivoque. La dernière fois que je suis venu ici, on s’est peu vus. Elle jamais là. Moi jamais là. » M’aime-t-elle, semble se demander Ferdinand, m’a-t-elle jamais aimé ? Je l’aime, moi ? « Mon amour pour Jenny me perdra. »

Prix littéraires de la DNL non octroyés pour l’année 2017

Publié dans Le Nouvelliste



La Direction Nationale du Livre (DNL), par le biais d’un communiqué daté du 18 janvier 2018, informe le public que le Prix René Philoctète de la Poésie et le Prix Jacques Stephen Alexis du Roman ne seront pas décernés pour l’année 2017, car « aucun des manuscrits soumis n’a retenu l’attention des jurés. » La DNL a lancé le Prix René Philoctète en 2015 et le Prix Jacques Stephen Alexis en 2016. Ricardo Hyppolite a remporté le Prix René Philoctète, en 2015, avec son recueil « Kalonnen » et Jean Damérique a obtenu la mention spéciale avec « Petite Fleur du Ghetto », et en 2016 Coutechève Lavoie Aupont l’a gagné pour son recueil « Le doute de la main ». Le Prix Jacques Stephen Alexis n’a pas été décerné ni en 2016, l’année de son lancement, ni en 2017.

Une dizaine de prix littéraires existent en Haïti, et la plupart ne sollicitent que des manuscrits. Deux exceptions à souligner, parmi d’autres, le Gran Pri Pwezi Kreyòl Dominique Batraville (décerné en 2017 à Fred-Edson Lafortune pour son recueil de poèmes « An n’al Lazil » et la mention spéciale à Max Gregory Saint-Fleur pour « Kou siprann ») et le Prix Joseph D. Charles de la Bibliothèque Georges Castera du Limbé (décerné en 2017 à Pierre Josué Agénor Cadet pour son roman « Dans l’enfer du paradis »).

Prix Littéraires en Haïti

Publié dans Le Nouvelliste



Les prix littéraires jouent un rôle important dans la promotion du livre. L’auteur du livre qui vient de sortir cherche des lecteurs. En face de lui plusieurs autres livres. Il lui faut donc se distinguer, attirer l’attention du lecteur, le convaincre qu’il vaut son temps et son argent. Un ou des prix littéraires aident. Certains livres n’en ont pas besoin pour se trouver des lecteurs. D’autres, si. Un prix distingue le livre et son auteur du lot, du tas, de l’anonymat.

Chaque année, dans les grandes métropoles, les maisons d’édition s’acharnent à gagner des prix littéraires, car ils propulsent les ventes, confirment des auteurs établis, et imposent des émergents. En France, par exemple, la plupart des prix littéraires n’acceptent de soumissions que des éditeurs, incitant ces derniers à soumettre leurs meilleurs titres, donc à faire une première sélection. En Haïti, les prix littéraires n’imposent que rarement cette restriction : les livres peuvent être soumis par éditeurs ou auteurs.

De plus, la plupart de nos prix littéraires n’acceptent que des manuscrits. Ce qui diminue le rôle des éditeurs, non seulement dans la sélection des ouvrages soumis, mais aussi dans la promotion et la vente des livres primés. En acceptant des manuscrits, l’institution responsable du prix littéraire doit investir dans la production et la promotion du livre primé, augmentant ainsi sa charge économique et menaçant sa capacité de pérenniser le prix. Mais si le prix se base sur les livres déjà publiés, les responsables se limiteront au processus d’octroi de prix et les éditeurs à celui de production et de vente des livres primés.

Charlot Lucien: Diogène Nèg Mawon

Publié dans Le National



Nan mwa Oktòb 2016, Charlot Lucien soti senkyèm CD lodyans li sou tit Diogène Nèg Mawon. CD a gen sèt istwa ak powèm : Kat telefòn, Diogène anba dekonm, La torche du Roi Christophe, Ochan pou yon etidyan enkoni, Hommage à l’étudiant inconnu, Flanbo libète wa Christophe, e Pawòl Cassagnol la. Diogène anba dekonm se istwa ki pi long sou albòm sa, e se de li nou pral pale nan atik sa.

Diogène anba dekonm gen twa pati. Premye pati a entwodi Diogène, yon jenn gason 18 an, nèg Ile-à-Vache, kap travay nan yon otèl Petyonvil ki gen pou mèt Madan Florence Bonnachi. Se yon jen nonm ki aprann anglè anba bouch touris, ki te nan vann tablo ak boutèy tranpe, e ki menm konn rap.
Anglè li te kout, franse l tou, men li te degaje l kou mèt janjak pou l kominike ak kliyan otèl la. Poubwa li jwenn nan men yo te pèmèt li ede manman l ki tap viv nan Bèlè.

Pandan Diogène tap negosye yon kesyon 400 dola, tè ya kòmanse tranble. Se te madi 12 janvye 2010, nan aprèmidi. Madan Bonnachi, ki te nan boutik otèl la, kouri soti deyò pou l mande kisa kap pase la. Menm lè sa kay la tou vide sou yo. Yo te ka tou mouri kraze anba dekonm, si se pat yon mèb atelye Raymond Menos ki pwoteje yo kont lam beton.

Yves Chemla: Littérature haïtienne 1980-2015

Par Mario Malivert
Publié dans Le Nouvelliste



Avec les livres à succès d’auteurs haïtiens publiés en France ou au Canada, et les recensions qui en découlent, nous avons une idée de ce que pensent les critiques littéraires non-haïtiens de la littérature haïtienne contemporaine. Mais, avec son livre, Littérature haïtienne 1980-2015, Yves Chemla, critique littéraire, docteur de l’université de La Sorbonne, propose une lecture en profondeur des romanciers et poètes haïtiens, dont les œuvres ont marqué la période allant de 1980 à 2015.

Yves Chemla tire ses impressions critiques du contact direct avec les œuvres. Il se montre avant tout un lecteur assidu des livres inclus dans cet ouvrage et tente d’y déceler la psyché et les replis intimes des auteurs. Il aborde chaque auteur à partir de l’ensemble de ses œuvres et suit le cheminement de sa vision du monde à travers le temps. Il interroge les motifs intérieurs, s’acharne à lire entre les lignes, et propose finalement au lecteur un portrait intime, détaillé, et sophistiqué des auteurs.

Pierre Clitandre, entre deux romans

Par Mario Malivert
Paru dans Le Nouvelliste du 28/8/2017


Après Cathédrale du mois d’août, sorti initialement en 1979 aux Éditions Fardin, et réédité plus tard par d’autres éditions, dont les Éditions Ruptures, en 2013, Pierre Clitandre nous revient avec Simbi Androgène, publié en mai 2016, co-primé avec Hérodiane, la mer et le sang de Garry Victor, par la bourse de la Société Rhum Barbancourt. Trente-sept ans donc entre deux romans, la traversée de toute une génération, une carrière littéraire ponctuée de passages à vide, mais la même veine stylistique, invitant le lecteur ou la lectrice dans une réalité autre dont l’auteur seul détient le secret.

Lire Pierre Clitandre, c’est se plonger dans le foisonnement des personnages, dont les subtilités se révèlent et s’entrelacent dans un caléidoscope délirant. Les phrases s’allongent, dans un tourbillon de noms et d’adjectifs, pour décrire un vécu ancré dans un réalisme écœurant, d’une part : « La brimbalante camionnette roulait cahin-caha, grinçant de tout son assemblage de planches, de tôles, de fers, de sacs et de gens. La carrosserie, décolorée par les intempéries et les grosses mains sales, arrivant presque sur le ruban d’asphalte mais gardant malgré tout quelques gauches écritures où l’on pouvait lire : Sainte Rose de Lima, veillez sur vos enfants...Ou l’Éternel combattra pour vous et vous gardez le silence... (Exode 14, verset 14). » (Cathédrale du mois d’août, page 12).

Mémoire Parlante de Frantz Jean-Baptiste

Par Mario Malivert
Paru dans Le Nouvelliste du 10/8/2017




On parle souvent dans notre cher petit pays de devoir de mémoire, pour rappeler à la société telles exactions perpétrées dans le passé, et dont les auteurs, grâce au silence des historiens ou gardiens de la mémoire collective, risquent de continuer à parader sur la scène politique, comme s’ils ont toujours été des anges. Là, c’est le côté négatif du devoir de mémoire. Son côté positif est aussi impératif, pour consigner dans un médium pérenne la vie de leaders qui, de par leur conviction, leur parcours, et leurs œuvres, ont marqué leur temps de façon positive et indélébile.

Mémoire parlante des leaders évangéliques haïtiens (JEBCA Éditions, 2016, 259 pages) s’inscrit dans cette démarche positive: Présenter au public des leaders évangéliques qui ont su mener une vie conforme à leurs convictions chrétiennes, pouvant servir de modèle aux générations à venir. Conçue dans le cadre de la commémoration du bicentenaire (1816 – 2016) du protestantisme en Haïti, cette publication « se veut une référence du présent comme du futur, pour faciliter la compréhension poussée de nos leaders par le commun des mortels. » (Page 10).