Foire Internationale du Livre d'Haiti (FILHA) au Palais Municipal de Delmas.

Par Mario Malivert -- 13 décembre 2014

Sous un soleil plaisant, les amants du livre défilent dans les jardins du Palais Municipal de Delmas. Derrière l’imposant bâtiment du palais, des tentes se dressent sur le gazon. Dans l’ombre, des éditions, les unes de vieille connaissance, les autres d’apparition récente, exposent leurs livres aux regards curieux et au choix des acheteurs potentiels. Michel Soukar, l’invité d’honneur de la foire, se voit un peu partout. Parmi nos écrivains les plus connus, nous avons remarqué Gary Victor, Louis Philippe Dalembert, Dominique Batraville, Christophe P. Charles, Rodné St Eloi, Evains Weche, Joel des Rosiers, et Iléus Papillon. Au fond du jardin, près du stage, où des artistes performeront en fin de journée, un espace est réservé à Cuba, le pays d’honneur.

C'est la deuxième édition de cette foire du livre. Nous saluons la Direction Nationale du Livre (DNL) pour cette initiative qui vient renforcer la présence du livre en Haïti. L’une des retombées heureuses de ces foires est l’explosion des éditions, et des auteurs. Nous espérons que cette foire se pérennise, tout comme Livres en folie, afin que les éditions et les auteurs aient deux rendez-vous annuels sûrs, l’un en juin et l’autre en décembre.







Les petites ombres de Jean Euphèle Milcé

Par Mario Malivert


« Mauvaise idée de dépouille », la première phrase du roman Mes chères petites ombres de Jean Euphèle Milcé, s’accorde bien avec la photo de la page de couverture (Pouvoir, sculpture de Sébastien Jean)—ramassis d’objets éclectiques supportant et encadrant la tête d’un homme, le tout sur fond de feuillage sombre. Mais cette «idée tenace de dépouille » se dilue vite dans le cliquetis des mots et des tournures. En fait, le premier paragraphe se termine sur une plainte du narrateur qui se voit tel un « entre-deux pays, entre-deux couleurs et entre-deux douleurs. » Cette dualité imprègne le monologue alternatif d’un père et de son fils, du père surtout, écartelé entre Haïti d’un côté et la Suisse, de l’autre.

La Diaspora haïtienne, sous la loupe de Frantz Jean Baptiste

Après Haïti J’accuse, son premier livre publié en 2012, Frantz Jean Baptiste nous revient en 2013 avec La Diaspora : Enjeux et Débats, une analyse approfondie de la diaspora haïtienne. Pour vous faire une idée de ce livre, nous vous en présentons ci-dessous la préface.

PREFACE
La Diaspora : Enjeux et Débats
Par Mario Malivert

Pour sortir du bourbier où il s’est enlisé, Haïti a besoin de tous ses enfants, qu’ils vivent à l’intérieur ou à l’extérieur du pays. Ceux vivant à l’extérieur du pays, tant dans les vallées des Antilles que dans les monts des métropoles du nord, représentent ce qu’on appelle la Diaspora haïtienne. Cette entité, qui s’est constituée d’elle-même, à partir des années 1960, face à l’intransigeance de la dictature des Duvalier, sans préparation aucune ni d’Haïti ni des pays d’accueil, jouit depuis quelques années une notoriété bien justifiée, allant jusqu'à obtenir pour la première fois, en 1994, son propre ministère : le Ministère des Haïtiens Vivant à l’Etranger, MHAVE.

Malia, d'une île à l'autre

Par Mario Malivert

Paru dans Le Nouvelliste du 6 septembre 2013
http://www.lenouvelliste.com/article4.php?newsid=120336

« De légers flocons flottent autour de moi », la première phrase de ''Malia, d'une île à l'autre'', un roman jeunesse écrit par Tamara Durand et publié par Editha (Les Editions Haïtiennes) en mai 2011. Cette première phrase campe le contraste entre le Canada, où vont vivre Malia et sa mère, et Haïti, l'île au soleil qu'elles viennent de quitter. Le dessin de couverture illustre bien cette réalité : une fillette emmitouflée dans des vêtements d'hiver rêvant d'une mer paisible que baigne un soleil éblouissant. Cette fillette arrivera-t-elle à s'adapter dans ce pays froid, elle qui n'a pas choisi ce déracinement, mais qui va le subir sans savoir pourquoi.

Malédiction!

Par Mario Malivert

Publié dans Le Nouvelliste du 9/8/2013 http://www.lenouvelliste.com/article4.php?newsid=119843

Un adolescent, lors de ses premières rencontres avec la littérature, dans la petite bibliothèque de son père, se laisse aller à une séance de masturbation, qui va d'ailleurs se répéter tellement qu'il va être surpris en plein jour par son père sur le parquet de la maison en train de jouer au « Dieu seul me voit ». Les séances de masturbation entraînent des troubles physiques et mentaux et débouchent plus tard sur des descentes au bord de mer, où le narrateur, un aspirant écrivain et plus tard journaliste connu du plus grand quotidien de la capitale, calme les feux qui le consument en se laissant entraîner dans les sous-bois par les « laissés-pour-compte de la ville ». 

Langay Lanmou


Mario Malivert


Pwezi kreyòl-la ap chache sans li de yon poèt a yon lòt. Si Franketienne pase mèt nan kreye mo tou nèf, e Georges Castera nan choke lespri, Henri-Robert Durandisse, li-menm, nan Langay Lanmou, bay yon lang chaje ak bèl mo, tankou douvanjou, lawomans, bèlte, grandizè, makonnen, lakansyèl, lòlòj, etc., mo ki tradui mouvman lanmou ant poèt la ak yon fanm li renmen.

Poésie du bois de vie

Par Mario Malivert

Paru dans Le Nouvelliste du 9 mai 2013
http://www.lenouvelliste.com/article4.php?newsid=116490

Ce qui frappe d’abord l’attention dans Gaïac de Joël Des Rosiers, c’est la luminosité du dire. Les mots s’entrelacent, s’ouvrent et se découvrent, comme dans un carrousel. Ils deviennent porteurs de sons et de lumière, comme dans le vers «sans celui qui pleure à son pertuis» ou «charançons copulant à l’abri des folioles». Les rimes intérieures abondent : «l’image n’est pas faite pour être vue/ou alors dans la délectation secrète/recouverte du voile de l’absence ». Les vers se livrent à nu, désencombrés des signes de ponctuation. Les images surprennent, comme dans «la beauté du portrait sans visage désormais livrée». Les séquences de vers coulent sur la langue comme une cuillerée de miel: « ce que seront nos remous/avant que les corps se meuvent/en une chute bancale et bouleversante ». Des termes médicaux jalonnent le dire : diaphyse, chéloïde, nécrose, arythmie, etc., comme pour nous rappeler l’autre amour du poète.